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Artiste protéiforme, Alexis Rousseau débute sa carrière dans la mode, en tant que mannequin à l’international, puis comme styliste et enfin directeur artistique. Il se forme en parallèle aux arts vivants en étudiant à Acting International, au CIDJ Rick Odums puis à l’IET de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3 en Études Théâtrales. En 2013 alors qu’il vit à New York, il éprouve le besoin d’explorer d’autres formes d’expressions et se forme en autodidacte aux arts visuels en commençant par des études aux pastels secs. Il étudie alors la composition et découvre l’expressionnisme abstrait. Il développe ensuite un certain goût pour la peinture et travaille essentiellement sur des compositions abstraites, d’aspect presque flou, en noir et blanc et convoque souvent son bagage culturel accumulé grâce aux endroits où il a eu la chance de vivre (Chine, Dubaï, États-Unis, Angleterre..) et ce qu’il garde de son éducation religieuse catholique. Il découvre les travaux de Soulages, Gutaï, Tapiès, Malevitch, Klein, Fontana, Serra, Koonelis, Kapoor, Brancusi ou encore l’Actionisme Viennois qui rendent son œuvre éclectique et lui permettent de trouver sa propre voie où se mêlent minimalisme, spatialisme, art informel, art primitif, action painting ou art conceptuel. Autant de mouvements qui quelques fois s’associent ou s’entrechoquent.

Si l’art pictural reste son principal moyen d’expression, il développe également un intérêt certain pour les autres formes d’arts visuels et explore la sculpture, l’art vidéo et photographique, qui lui permettent de rendre aussi complète que possible l’œuvre qu’il essaie de mettre en place et de transmettre. L’intermedialité lui permet d’entretenir un dialogue constant et d’équilibrer les différents éléments, les différentes énergies. Son travail vidéographique et photographique, qu’il fait intervenir au sein de ses productions de spectacle vivant, vient ainsi compléter le travail de peinture et de sculpture qui use essentiellement de noirs et blancs, d’immobilité et d’organique. Ses débuts, tout comme son actualité en tant que créateur scénique et fondateur du STILL life experiment / compagnie Alexis Rousseau traduisent la place prépondérante laissée à l’action et au processus au sein de ses travaux : ils importent autant, voire plus que le résultat final. Il tente, tant à travers son art vivant que visuel, de lier l’intuitif à la raison, l’expression à l’analyse, ou encore d’explorer l’entre-deux des extrêmes afin de contempler, s’exprimer et se questionner lui-même autant que le spectateur.

Sa grand-mère maternelle, depuis décédée, ayant développé une forme sévère d’Alzheimer, le travail d’Alexis s’oriente depuis plusieurs années vers les questions de la mémoire, du souvenir et de la mort physique ou symbolique, tout comme la spiritualité et la recherche d’un équilibre, quelques fois déséquilibré, pour mieux se retrouver. Effectuant un travail de l’intime étrangeté, il cherche à confronter et faire dialoguer les matières, les tons et les symboles (comme la croix, le carré ou la ligne) pour découvrir au fil du temps plus de questions que de réponses qu’il pensait trouver au départ. Profondément lié à ses expériences personnelles, son travail plastique cherche à arrêter le temps là où tout va trop vite, le temps de la contemplation de l’œuvre pour se raccrocher à une nostalgie du passé pour peut-être mieux appréhender le futur et tenter de retrouver un gout de paradis perdu. L’œuvre est ainsi extraite de l’espace-temps où la seule réalité du moment compte et où une synergie entre le spectateur et cet état quasi-méditatif s’opère. Il y a peut-être aussi une forme d’absolution recherchée dans ses propositions. Mais une absolution pour quoi ? Pour les maux causés ? À qui ? Par qui ? Une absolution de la part d’une forme divine, du spectateur, de ceux qui ont fait partie de sa vie voir de l’artiste lui-même ?

 

Dès le départ de ses investigations, le fait de couvrir, recouvrir -démontrant une recherche assidue- et découvrir ne l’a jamais quitté. Couvrir, découvrir la toile, la sculpture, grâce à la peinture ou divers matériaux comme le plâtre, le tissu, la faïence : autant d’essais que d’échecs en perpétuels mouvements. Il dissimule tour à tour ce qui se trouvait au départ, une partie de l’œuvre qui ne peut être qu’imaginée ou au contraire met en exergue la matière brute d’ordinaire dissimulée comme la toile non apprêtée et désossée de son châssis, à la manière de l’architecture brutaliste. Il va même jusqu'à creuser ou déchirer la matière pour en dévoiler l’intérieur. Il porte aussi un intérêt certain à l’architecture des lieux sacrés et notamment celle des églises et cathédrales, qui lui rappellent ses souvenirs d’enfance. Ces lieux qui, en tentant de rapprocher l’Homme de Dieu, tant par leur énergie que par le son qui s’élève grâce à l’architecture, mènent à la spiritualité.

En 2018, il commence à travailler en partie le pli de la toile afin de concrètement dissimuler, mettre en lumière ou rythmer la composition tout comme les lignes aux perspectives variées dans ses sculptures. S’inspirant des mythes comme celui du péché originel, de la boite de Pandore ou du voile de la déesse Isis, dissimuler lui permet de s’interroger sur la question de l’origine et de la connaissance. En réinterprétant la conception classique de la peinture et de la sculpture, il fait du support l’œuvre elle-même qui prend l’aspect d’un drapé qui met en exergue ou dissimule. Mais que veut-on cacher ou au contraire laisser à vue, jusqu'à parfois révéler et sublimer l’intérieur d’une sculpture ou d’une toile ?

Il y a une certaine forme de temporalité passée dans les œuvres d’Alexis Rousseau, comme celle d’un souvenir, d’un gout de ruines, de ce qui reste. Des œuvres qui peuvent quelques fois apparaître comme un travail en chantier, inachevées, où le meilleur reste possiblement à venir, ou au contraire abandonnées et qui semblent avoir traversé plusieurs époques : de l’effacement au recouvrement, des couleurs neutres voire parfois monochromatiques diffuses peuvent laisser penser à un mural, un objet que le temps aurait affecté. L’opposé est également employé pour contrebalancer ce sentiment, notamment à travers la géométrie des œuvres qui contrastent avec le reste de la composition et qui attirent immanquablement l’oeil ou qui au contraire se révèlent après contemplation. Les matières utilisées, tout d’abord maitrisées, sont ensuite livrées à elles-mêmes et évoluent, se transforment à travers le temps selon leur environnement, qu’il s’agisse des plis des toiles, des pigments secs, du plâtre ou encore du béton cellulaire : une manière de donner vie à l’œuvre et lui insuffler un mouvement continu qui est déjà visible dans un premier temps grâce à leur esthétique.

 

Fonctionnant tantôt en petites séries ou en œuvres isolées, la recherche reste toujours la même : s’exprimer intuitivement et réfléchir. Ainsi, même si l’on peut trouver dans son travail une grande partie mono ou bichromatique sur une palette de blancs et de noirs, il use également du rouge qui entre en conflit avec l’œuvre, comme un déchirement, une urgence, un déséquilibre de la toile. Il utilise également des pigments secs de couleur terre comme la terre de sienne ou l’ocre afin de rappeler l’aspect organique et donne très souvent une texture de peau à ses matières ; comme sa propre peau qu’il sculpterait. Il cherche à déséquilibrer son travail en introduisant d’autres couleurs qui lui semblent étrangères, comme différentes teintes de bleu ou récemment du rose néon. Les couleurs de fond diffuses entrent alors harmonieusement en tension avec la rigueur des lignes de couleurs fortes ou de celle du carré et vice-versa, pour tenter de faire dialoguer les œuvres entres elles, tenter la continuité et ce même dans l’opposition. Les matériaux nobles côtoient aussi bien ceux industriels et sont utilisés tant pour leur portée symbolique que pour leur propriétés esthétiques et leur rapport à l’espace. Un travail de contrastes, qui peut aller jusqu’au manichéisme assumé.

Une rythmique, une structure, tant répétitive que disruptive s’installe alors entre ces alternances et ces tensions. Une rythmique de lignes, de formes géométriques ou symboliques qui tente de faire vibrer le spectateur à la manière d’une partition musicale, devenant ainsi partition graphique expérimentale, que ce soit au sein d’une même œuvre ou entre deux toiles, voire deux différents médiums. Cherchant constamment le « déséquilibre harmonieux », il tente de remettre en question l’ensemble. Il use alors de perspectives parfois tronquées et fait jouer le travail d’ombres, permettant à l’œuvre tout comme au spectateur de modifier son regard selon l’angle abordé et d’utiliser des notions de proche et de lointain qui paraissent acquises et qui pourtant sont souvent trompeuses : ce qui semble proche est peut-être finalement ce qui se trouve au plus loin de l’oeil et ce qui semble être le centre d’attention ne l’est peut-être pas. Il cherche souvent à fixer le regard du spectateur là où ce dernier ne s’y attend pas ou à l’emmener inconsciemment là où il devrait regarder ailleurs.

 

Aussi, l’espace joue-t-il un rôle important dans son travail : l’espace mental du spectateur mais également l’espace intérieur physique de l’œuvre tout comme l’œuvre elle-même dans l’espace dans lequel elle est installée et qu’elle transforme. Les lignes, les formes, les couleurs, qu’elles soient nettes, approximatives, fines ou épaisses, initient alors un véritable travail de structure des toiles dans leur environnement. Celles-ci se présentent d’ailleurs fréquemment sous des formes différentes de celles des tableaux traditionnels et peuvent devenir panneaux ou toiles suspendues. Ses peintures et sculptures ont vocation à perturber le spectateur de par le travail de composition et par leur taille, allant du moyen au grand format, amplifiant ainsi la rythmique et la résonance. Des formats comme du 210x300 cm ou des formes inhabituelles permettent également de redéfinir l’espace et modifier les notions d’échelle du spectateur. Les peintures, considérées comme des objets dans l’espace, deviennent presque sculptures et inversement, tout autant que les deux peuvent se lire comme des installations pouvant intégrer une ambiance sonore et qui vivent en harmonie ou en tension avec celui ou celle qui les observe.

Ses œuvres font parties de collections particulières et d'entreprises à Londres, New York, Paris et en région.

Alexis vit désormais à Paris et travaille entre son atelier du Mans et Paris.

©Sean P. Watters

 

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